Doit-on abandonner un projet d’écriture qui n’avance pas ?

Il n’y a rien de plus frustrant que d’avoir un projet d’écriture qui ne se termine jamais. Alors, doit-on abandonner un projet d’écriture qui n’avance pas ? C’est la question à laquelle je vais tenter de répondre dans ce billet.

Généralement, je ne suis pas vraiment quelqu’un d’obstiné. Lorsqu’un projet n’avance pas ou n’aboutit pas à ce que je souhaite, je suis plutôt de ceux qui passent à autre chose. Mais, parfois, le projet d’écriture étant presque à sa conclusion, il m’arrive de m’acharner dessus et cela a pour effet de me démotiver sur le long terme.

La créativité est une chose qui ne se contrôle pas. Abandonner la rédaction d’un roman, d’une nouvelle ou même d’un article peut-être difficile à accepter au niveau personnel. C’est immédiatement assimiler par notre cerveau comme une situation d’échec. Cela nous fait du mal et nous fait même nous sentir idiots. Mais en fait, continuer peut s’avérer être pire et également nous faire du mal, voir nous torturer l’esprit à un point tel que plus rien de bon n’en sortira.

Doit-on abandonner un projet d’écriture qui n’avance pas ?

Mon expérience d’écrivain m’a permis de me faire une idée concrète de la réponse que je pense être la meilleure pour résoudre cette problématique.

Il n’y a rien de simple dans l’écriture, c’est même tout à fait le contraire. Il m’est arrivé, trop souvent, de commencer un manuscrit et de l’abandonner en cours de route pour passer à autre chose. Malgré tout, mon esprit n’arrive pas à s’en détacher et me force à le reprendre, à réécrire, et tout cela dans un unique but : terminer le roman.

Ce que j’essaie de vous faire comprendre, c’est qu’abandonner un projet d’écriture, cela ne veut pas forcément dire ne plus y revenir. Mais, ce qui peut sembler évident n’est pas si facile à accepter.

J’ai environ 5 romans commencés qui en sont à différent stade d’écriture, mais tous ont un point commun : ils ne sont pas terminés.

Ces textes existent sur mon ordinateur et continuent d’évoluer dans mon esprit, à tout moment. Je n’ai juste pas trouvé la force de reprendre l’un d’entre eux. En tout cas pas tout de suite. J’ai pourtant la construction scénique au global pour chacun d’entre eux, mais pour l’heure, rien ne me vient. Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai.

Je continue à prendre des notes dans mon carnet, je cherche de nouvelles pistes pour dénouer une intrigue qui s’avère un peu bancale, je donne plus de profondeur à certains personnages, mais je n’écris pas directement sur le manuscrit. Enfin presque pas directement !

Il y a quelques jours, j’ai eu comme une révélation. Une évidence s’est imposée à moi et j’ai spontanément repris un de mes projets pour avancer dans son écriture. Les éléments que j’avais mis en place dans le texte d’origine ont commencé à s’agencer parfaitement et à former un schéma qui m’apparait maintenant limpide pour la suite de mon histoire. Je prends donc un nouveau départ avec l’une de mes anciennes histoires.

Doit-on abandonner un projet d’écriture qui n’avance pas ? La réponse est donc définitivement NON. On n’abandonne jamais un projet d’écriture, on le met en « stand-by ».

On le garde au chaud dans un coin de sa tête pour le sortir le moment venu. Voyez votre ébauche d’écriture comme un bon vin qui à besoin du mûrir pour donner le meilleur de lui-même. Il faut donc savoir tourner la page et la laisser blanche pour que, plus tard, elle nous serve de support à l’amélioration de notre imaginaire.

Mettre en « stand-by » m’a donc permis de prendre du recul et du temps pour poursuivre le déroulé d’une histoire. Cela m’a aussi permis de commencer d’autres projets d’écriture qui se retrouvent à des stades d’avancement plus ou moins aboutis. Cela m’a aussi donné la force de surmonter un sentiment d’échec qui, au début, était omniprésent et qui m’empêchait de donner un sens à ce que je faisais.

Alors oui, plusieurs mois se sont écoulés depuis que j’ai mis en pause ce projet (14 mois exactement). Reprendre l’écriture après une si longue période peut sembler impossible, voire irraisonnable. On pourrait s’attendre à ce que cela fasse surgir des émotions douloureuses du fait de revivre le passé d’une écriture qui ne vous ressemble plus, car vous avez évolué entre temps. Mais, en fait non. Il y a un côté positif à toute chose ! J’ai évolué.

Donc, cela veut dire que je n’étais pas prêt à continuer ce roman, avant. Il m’aura fallu une période d’introspection, un travail intérieur long et difficile pour arriver à comprendre cela. Je souhaite vous transmettre cette expérience personnelle, car un tel cheminement peut vous donner de mauvais signaux comme par exemple la sensation de ne trouver aucun plaisir ni aucun sens dans l’écriture.

Il est indispensable pour un écrivain, quels que soient son niveau et ses compétences, de savoir lâcher prise pour que son mental et sa créativité puissent cheminer naturellement vers le moment opportun où il pourra reprendre son travail d’écriture. Inutile de s’acharner et de vous faire du mal.

Je sais que certains auteurs préfèrent le passage en force et j’ai moi-même eu une expérience de cette nature avec l’un de mes premiers textes. Au bout d’un moment, le texte lui-même devient votre ennemi. Vous n’avez plus envie que d’une seule chose : vous venger sur lui.

À force, c’est donc votre histoire et vos personnages qui sont pris à partie par votre manque de lucidité. C’est aussi là que votre écriture devient infecte et sans aucun style propre. Dernier point, et non des moindres, vous n’écrivez plus rien d’autre, car vous restez figé sur un objectif irréalisable. J’ai passé trois années complètement bloqué sur un texte, jusqu’à ce que je me rende à l’évidence : il était devenu mon obsession et masquait même mon plaisir d’écrire. Heureusement, j’ai réussi à passer à autre chose.

Quelques conseils pour vivre pleinement votre passion :

  1. Lorsque vous sentez un blocage, ne vous acharnez pas sur votre texte.
  2. Écrivez sur un tout autre sujet pour vous changer les idées.
  3. Changez de style littéraire pour aérer vos idées. Si vous écrivez un roman de SF, passez à l’écriture d’une nouvelle ou, pourquoi pas, à de la poésie. C’est un style difficile à maitriser, mais agréable à étrenner.
  4. Ne jamais détruire un texte, même s’il n’aboutira jamais. Il peut toujours servir de base à une autre histoire.
  5. Ne vous mettez pas la pression en vous fixant des objectifs ou une date de parution qui vous fera oublier l’essentiel : écrire par plaisir.

J’espère sincèrement que cet article pourra vous aider à garder votre motivation. Il est important d’écrire en toute conscience pour garder en soi l’aspect essentiel de prise de plaisir. Les blocages viennent de la frustration, de la fatigue intellectuelle, de l’envie de passer à autre chose à cause de la lassitude. Écoutez votre corps quand il vous envoie ces signaux, c’est pour votre bien et pour vous aider à sortir le meilleur de vous-même à travers l’écriture. N’hésitez pas à expérimenter d’autres chemins pour ensuite revenir à celui que vous avez laissé de côté.

Pour finir, je vous laisse avec cette citation de l’écrivaine québécoise Simone Piuze qui pourrait résumer tout mon propos : « C’est le temps qui mûrit l’amour. L’amour grandit et se solidifie dans la patience… »

Site Footer