Écrire à la deuxième personne du pluriel. Essayez pour voir !

Une partie importante de la littérature que nous lisons est écrite à la première ou à la troisième personne : « J’ai pris le train pour Bordeaux ce matin… Il pense que son travail ne convient plus à ses attentes… ». En utilisant uniquement ces deux pronoms personnels, nous en négligeons un qui est plus propice et facilitateur à l’écriture. Un autre pronom plus à même de dérouter le lecteur par son point de vue différent : « Vous ».

Jouer avec le point de vue du lecteur peut sembler étrange, mais cela reste tout de même assez ordinaire pour transformer une histoire. Prenez un roman et transformez-le. Réécrivez la première page de celui-ci en utilisant un autre point de vue. L’histoire se transforme et pourtant, elle reste la même. Cette vision affecte directement le lecteur qui découvre une perspective différente et distinctive à la lecture. En ce sens, la deuxième personne du pluriel est une option qui peut rendre une aventure beaucoup plus dynamique, mais aussi plus proche de son lecteur.

Pourquoi ne pas exprimer votre récit par : vous, votre, vos ?

Il faut mettre le lecteur dans l’action. Il doit pouvoir vivre le déroulé de l’histoire comme s’il y avait pris part, qu’il devienne aussi important dans l’histoire que les protagonistes principaux. Tout lecteur est un protagoniste nécessaire de l’histoire qu’il lit, car avant tout il la vit par l’intermédiaire de son imagination. Plus il se sentira proche de l’histoire, plus son imaginaire ébauchera les schémas cinématographiques indispensables à la réalisation d’un étonnant film de l’esprit qui l’attachera encore plus intimement au récit.

Ceci est d’autant plus criant si, en tant qu’auteur, votre récit s’écrit au présent. La deuxième personne du pluriel renforcera ce lien et évitera de tomber dans l’écueil du livre impersonnel où l’on utilise un ton forcément plus dur, des structures de phrases et des descriptions trop récurrentes. Avec le « vous », l’action se construit d’elle-même autour d’un sentiment d’engagement qui projette le lecteur dans votre histoire.

Exemple : « À peine la rame stationnée, vous vous frayez un chemin à travers la masse de corps énervés qui vous empêche de sortir. Comme d’habitude, vous êtes en retard pour récupérer Léo à l’école. Ce n’est pas vraiment votre faute, le train subit chaque jour des avaries qui perturbent votre planning. Qu’en pouvez-vous ? Peut-être vous faudrait-il changer Léo d’école pour un établissement plus proche de votre travail. »
Et pourquoi ne pas mélanger les styles ?

Une bonne façon d’écrire une histoire exclusive, dans le sens « plus en intimité » avec le lecteur, est de prendre le parti du mélange de points de vue. Vos textes sauront mieux refléter les événements et les émotions, tout en posant les bonnes questions sur l’intrigue et sur la perception que les protagonistes ont de l’histoire. Cette technique associe donc le point de vue du narrateur et celui du personnage. Elle établit une structure relationnelle différente, traduit les souvenirs et les bouleversements du ou des personnages.

Exemple : « Vous ne cessez de me harceler au téléphone depuis notre rendez-vous raté. Si je souhaitais poursuivre cette relation, je ne vous supplierai pas de me laisser tranquille. Avec ce message, il devrait comprendre que je ne l'apprécie pas. Je ne veux plus le revoir ni même l'entendre. »

En tant qu’écrivain, j’apprécie cette manière de raconter. Cela apporte de la fraicheur à mes textes et surprend souvent mes lecteurs. Le caractère de mes personnages se révèle mieux, par substitution entre sa propre vision et celle des autres personnages.

À vous maintenant changer de point de vue sur l’écriture, peut-être trop académique, et de laisser libre cours à votre imagination en utilisant les outils qui vous conviennent le mieux.

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