Depuis l’espace la terre est ronde, mais nous ne la voyons pas.

Où vont les dizaines de milliards que l’espace semble siphonner tel un immense trou noir ?

C’est la question que je me pose assez régulièrement lorsque je vois à la télévision les nombreux reportages qui ne cessent de vanter les spectaculaires exploits de nos astronautes/spationautes/cosmonautes/taïkonautes en dehors de l’atmosphère. La conquête spatiale est-elle assez rentable pour justifier d’un budget annuel aussi conséquent pour des retombées économiques qui ne semblent pas venir ?

Ces dernières années, rien que pour l’Europe, l’investissement à son European Space Agency s’élève à environ 6 milliards d’euros par an, dans le même temps les États-Unis contribuent à hauteur de 19,5 milliards de dollars par an aux programmes de la NASA. Mais, il ne faut pas oublier les autres, comme la Russie (5,5 milliards), la Chine (1,5 milliard), le Japon (2,5 milliards), Le CNES en France (2,5 milliards), l’Allemagne (2 milliards) et l’Inde (1,3 milliard). Il y a encore quelques pays contributeurs dont le budget n’atteint pas le milliard, mais tout de même chaque année nous distribuons environ 42 milliards rien que pour le spatial. Si dans n’importe quel autre secteur d’activité un tel placement se devait de produire un retour sur investissement, c’est rarement le cas pour le domaine de l’espace.

Notre monde est en crise financière et sociale depuis maintenant des décennies et la situation ne cesse de se dégrader. Le clivage entre les différentes catégories sociales se creuse toujours plus : la santé devient un véritable luxe inabordable pour des millions de personnes et dans certains pays l’eau courante et l’abondance de nourriture est un mythe. Pourquoi alors rester sur un dogme d’investissement à perte, alors que ces financements pourraient servir des projets bien plus concrets à destination directe de la population. Des projets qui eux produiraient à coups sûr un retour profitable à tous. À la place d’un programme spatial, nous aurions besoin d’un programme spécial pour redonner de la splendeur à notre terre, la rendre accueillante pour tous, ce qui aurait également pour effet de supprimer une bonne partie des conflits qui perdurent depuis mon enfance et bien avant encore.

Envoyer des hommes et des objets dans l’espace coûte très très cher. Économiquement, un retour sur investissement est difficile à chiffrer dans ce domaine, simplement parce que l’on investit à perte et que nous en sommes tout à fait conscients. Les technologies que nous envoyons dans l’espace ne reviendront pas, de plus elles tombent souvent en panne ce qui laisse entrevoir que la fiabilité de nos créations se réalise au doigt mouillé dans des labos high-tech. « Rien n’est laissé au hasard », voilà ce que vous diront les scientifiques et pourtant, ils ne peuvent garantir le succès d’une mission. Dans l’espace, nous voyageons toujours dans l’inconnu dans tous les cas de figure.

N’oublions pas que la conquête spatiale est avant tout une télé-réalité qui se regarde par l’intermédiaire de la télévision et des réseaux sociaux. Nous, le commun des mortels, ne savons pas à quoi ressemble l’espace et nous ne le saurons certainement jamais. Il en est pour preuve la difficulté d’avoir une image réelle de notre Terre depuis l’espace. Les photos que l’on nous proposent sont toutes réalisées par montage, mais jamais nous n’avons eu d’images en direct de notre maison. Pourquoi ? Parce que l’homme dans l’espace est un fantasme qu’Hollywood nous a imprimé comme une évidence par le biais de ces nombreuses productions à sensation et que nous devons croire que ces images sont la réalité de l’espace.

Je pense sincèrement qu’il y a une chose qui nous rassemblerait tous, l’image de notre Terre vue depuis l’espace et en direct, filmée par Hubble ou Kepler. Ces milliards d’investissement ne peuvent-ils pas servir aussi à ça ? A rassembler les peuples sous une même valeur.

Pour que les foules adhèrent à l’aventure spatiale et ne se posent pas de questions sur les budgets engagés, il faut montrer du rêve, de l’aventure et des héros, rien d’autre. Je ne remets pas en question le rôle de nos héros de l’espace qui, malgré mon point de vue, sont à mon sens, des personnes qui forgent le respect par leur abnégation à vouloir se dépasser. Non, mon désaccord est tourné essentiellement sur ce que nous faisons de cette aventure.

L’ISS est en orbite au-dessus de nos têtes depuis 1998 et ses activités se cantonnent à de la recherche scientifique, pas à l’exploration. Faire pousser des moisissures en gravité zéro, quelle belle entreprise. La chaine TV de la NASA nous propose des images et des reportages de toutes sortes sur la façon de se laver les dents dans l’espace et autres bêtises. La pseudo conquête spatiale est-elle seulement une affaire de divertissement de masse ? Non.

L’autre activité reconnue des agences spatiales est de concevoir et lancer un vaste chantier d’exploitation automatique de l’espace, en plus clair, envoyer de sondes spatiales vers d’autres planètes, dans ou même en-dehors de notre système. Alors, qu’attendons-nous ?

La raison invoquée pour justifier ce désintérêt est toujours la même : nous apprenons à connaitre l’univers qui nous entoure avant tout. Malgré ces bonnes paroles, il n’y a toujours aucun retour sur investissement sur cette partie, car la capitalisation des connaissances reste purement scientifique et ne profite pas directement à la population. La question que nous pourrions légitimement nous poser est : pourquoi apprendre de l’univers lorsque nous ne connaissons pas grand-chose de notre maison, la Terre ? Nous pouvons conclure que la rentabilité des exploits spatiaux, à proprement parlé, reste nulle. Alors, pourquoi investir sans cesse et toujours plus, en négligeant les besoins réels de notre monde ?

Il y a bien un secteur d’activité qui profite allègrement des recherches accomplies jusqu’à présent : la Défense. Depuis la nuit des temps, ce sont eux les principaux consommateurs de technologies et d’avancées scientifiques. Prenons en exemple le GPS. N’oublions pas qu’il fut d’abord développé pour l’armée avant d’être ouvert au public. Les télécommunications, la détection de missiles, la surveillance des frontières et des déplacements ennemis par satellites, par drones ; toutes ces technologies ne servent qu’un seul but. Notre esprit est-il aussi obtus qu’il ne pense qu’à se demander comment se faire la guerre et être plus puissant que son voisin ? Ce paradoxe ne cessera jamais de me passionner, lorsque l’on sait que nous sommes tous de la même espèce, que nous vivons sur la même planète et que nous partageons des besoins communs.

Avant de trouver des applications dans le civil pour ces technologies, les états investissent, non pas dans la conquête de l’espace, mais bel et bien dans la sécurité, qui est un marché en perpétuelle expansion et qui offre des perspectives de rentabilité assez fortes. Où se trouve l’intérêt du citoyen dans tout ça ? Pour exemple, les communications téléphoniques et internet passent essentiellement par câbles sous-marins et non par satellites. Pourtant, d’après les informations dont nous disposons, notre orbite est une poubelle de débris mécaniques où des calculateurs des années 60 tournent toujours à côté des dernières générations de satellites. Alors, pourquoi lancer de nouveaux satellites ? Ariane espace en envoie assez régulièrement et plus de 80 % d’entre eux sont destiné aux télécommunications. Par opposition, les bateaux poseurs de câbles sillonnent les océans du globe et enfouissent des milliers de kilomètres de fibre optique par an. Comment ces satellites peuvent-ils créer de la richesse si nous ne les utilisons presque pas ? Eh bien, ils servent d’abord des groupes industriels qui ont investi dans ces technologies. Eux-mêmes, revendent l’utilisation de ces équipements sous forme de services à d’autres groupes qui n’ont pas les moyens d’acquérir ces technologies. Une pyramide de la rentabilité se crée où chacun y va de sa petite marge supplémentaire entre revendeurs, jusqu’au bout d’une chaine qui atteint finalement le portefeuille de celui que l’on ponctionne depuis toujours : nous.

Car finalement, c’est bien avec l’argent qui se trouve dans notre poche que tous ces investissements se font. Nos impôts et taxes, les cotisations et autres prélèvements vont en partie à ces institutions et groupes industriels qui par la suite nous facturent indirectement les services que nous avons financés. C’est la fameuse double peine et une aberration qui me semble être contraire au bon sens. Beaucoup de ceux qui liront jusqu’au bout ces lignes me prendront, au mieux, pour un utopiste et, au pire, pour un profond débile. Ok! Mais posez-vous tout de même la question : est-il vraiment utile d’aller dans l’espace aujourd’hui ? Ne pouvons-nous pas faire une pose et concentrer nos efforts sur des domaines impliquant directement la population, comme la santé, l’écologie, l’accès à l’eau… ? L’espace ne disparaitra pas et il sera toujours temps de nous y intéresser lorsque notre civilisation grandira.

Les détracteurs, qui avanceront l’excuse que nos recherches dans ce domaine prendront du retard, ne prennent pas en considération toutes les avancées technologiques et scientifiques qui seront réalisées sur terre et qui pourront profiter à une future conquête de l’espace.
Je continuerais à imaginer que notre monde change de stratégie et pense de prime à bord à l’environnement et à ces locataires (humains, animaux, insectes, microbes…) mais également, à une paix durable qui permettra par la suite de travailler ensemble avec plus de ressources intellectuelles et financières vers des missions d’exploration spatiale.

Malheureusement, dans le domaine de l’espace l’imagination s’arrête aux besoins militaires avec des objectifs qui ne dépassent pas quelques centaines de kilomètres au-dessus de nos têtes. Nous sommes bien loin de l’aventure Star Trek ou simplement du premier pas de l’homme sur mars. L’industrie spatiale a un grand avenir lorsque l’on sait qu’il faut minimum une dizaine d’années pour qu’un programme arrive à son terme : c’est-à-dire le lancement d’une fusée.

Est-ce que nous irons sur Mars ? Non, pas dans ce siècle du moins. Il faut être réaliste, le nombre de sondes que nous avons lancé à destination de la planète rouge, puis perdu sans jamais les retrouver, est assez important. Alors, imaginer envoyer des êtres humains en espérant qu’ils arrivent entiers sur place et qu’ils survivent aux conditions extrêmes que l’on nous décrit. Non nous n’irons pas sur Mars dans ce siècle !

Mon rêve serait de voir notre monde évoluer et l’humanité grandir au point d’oublier les murs qui nous séparent pour « vraiment » avancer vers un avenir prometteur :

Where no man has gone before.

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