L’imagination vient par l’inspiration, pas du plagiat

Comment faire la différence entre : « avoir une imagination inspirée et du pur plagiat » ? La nuance est très probablement floue pour certains d’entre vous et pour d’autres, ils ne se sentent simplement pas du tout concernés. Pourtant, bien comprendre les limites fixées par la loi ainsi que le respect naturel que nous devons avoir face à des œuvres produites par d’autres, est essentiel pour éviter de nombreux litiges.

Lorsque je surfe sur le web, il n’est pas rare que je découvre des pages entières de texte qui se ressemblent mot pour mot sur différents sites. Qui est le copieur, qui est le copié ? Je suis souvent dans l’incapacité de le savoir avec certitude. Seul l’auteur originel pourrait trancher la question. C’est un peu pour cette raison que j’écris ce billet, car la question concernant le plagiat et ses limites est un sujet que je prends au sérieux et qui me concerne également, puisque lorsque vous entrez dans le monde de la création, vous y êtes assez régulièrement confronté.

Qu’est-ce que le plagiat ?

Il est important de le définir pour ne pas risquer d’ambiguïté. Un moyen simple de comprendre ce qu’il représente est d’abord de se fier aux définitions que l’on trouve dans tout bon dictionnaire.

Le site du Larousse nous en donne sa version :
« Acte de quelqu’un qui, dans le domaine artistique ou littéraire, donne pour sien ce qu’il a pris à l’œuvre d’un autre. Ce qui est emprunté, copié, démarqué. »

Le site de l’encyclopédie de l’internaute nous dit ceci :
« Réplique frauduleuse d’une œuvre déjà existante en partie ou dans sa totalité afin de se l’approprier sans accord préalable de l’auteur ou d’un ayant droit. »

Dans les deux cas, je pense que chacun aura compris que si l’on copie l’œuvre d’un autre, que l’on se l’approprie, nous commettons forcément un acte de plagiat. Cette règle ne s’applique pas seulement pour les artistes reconnus et connus. Non, la notion de plagiat touche également le quidam qui a ouvert un blog et qui se voit piller de ses billets sans son consentement. Le pire étant quand le pilleur signe de son propre nom le texte qu’il a copié.

Alors est-il pour autant interdit de s’inspirer d’œuvres qui ont déjà été publiées ? Devons-nous craindre d’ouvrir le livre d’un autre auteur sous prétexte que nous pourrions être tentés de récupérer des idées qui font de son livre une œuvre originale ? S’inspirer est-ce vraiment un délit qu’il faut réprimer ?

Personnellement, il m’arrive souvent de lire. Aie, je confesse ! Je lis des romans d’autres auteurs assez régulièrement et en plus de ça, je trouve ça plutôt normal. Je me construis, j’apprends en tant qu’auteur en m’enrichissant de mes pairs. Car, il est impossible d’avancer sans inspiration que nous le voulions ou non, l’homme est ainsi. Il faudrait se couper de toutes sources depuis la naissance pour ne pas être inspiré. Pas de livres ni de télé, plus de films et surtout pas de relations humaines… rien. Nous devrions être seul au monde dès la naissance pour que notre esprit soit totalement propre de toute inspiration. Aurions-nous alors l’esprit assez créatif avec un tel bagage ? Non, je ne pense pas.

Les neuf Muses de la mythologique Grecque représentaient l’essence même de la création d’œuvres de l’esprit. Chacune protégeait une forme d’art et en offrait le don à celles et ceux qu’elles pensaient dignes de le recevoir.

  • Clio : muse de l’histoire.
  • Euterpe : muse de la musique, joueuse de flûte.
  • Thalia : muse de la comédie.
  • Melpomène : muse de la tragédie.
  • Terpsichore : muse de la poésie lyrique et de la danse.
  • Érato : muse du chant nuptial.
  • Polymnie : muse de la pantomime et la rhétorique.
  • Uranie : muse de l’astronomie et l’astrologie.

Les neuf Muses sont gracieuses, charment quotidiennement la nature et jouent de la lyre pour apaiser les dieux. Hésiode raconte qu’un jour, les Muses l’approchèrent sur le mont Hélicon et lui offrirent le don de la poésie. Cette métaphore nous indique que son inspiration était née de sa compréhension du monde et de ses habitants. Il avait trouvé sa source dans la vie tout simplement. Par la suite, lui-même est devenu une source d’inspiration pour de nombreux poètes parmi lesquels Virgile, Caton l’Ancien et Lucrèce qui eux mêmes devinrent une source pour d’autres. Voilà le cycle de la création. Il est impossible de créer sans avoir de références.

Le mythe des Muses est devenu le terme qui définit le mieux l’inspiration dont chaque créateur dispose. Nous avons besoin d’une muse pour faire évoluer notre art. Ce don que les muses nous offrent est nécessaire aux musiciens, chanteurs, poètes, écrivains… Car la nature humaine est ainsi, elle se doit de s’immerger dans un domaine pour en comprendre tous ses aspects pour ensuite en parler avec ses propres émotions, sa propre expérience.

Il faut tout de même faire la différence entre être inspiré, par un roman par exemple, et copier la totalité de celui-ci pour en faire son propre récit. Si j’utilise les œuvres des autres auteurs c’est uniquement pour réussir à produire un livre proche du genre que j’affectionne, mais jamais pour recopier bêtement ses pages. Si j’écris une histoire d’amour, je ne lirais certainement pas un polar, quoique, je suis déjà tombé sur un polar qui traitait très bien le sujet. Mais bon vous avez compris le principe. Pour faire un bon livre policier, il faut lire du policier pour en comprendre les codes.

L’inspiration est donc un processus créatif qui n’est pas à réprimer, sinon, il faudrait très vite faire une descente chez tous les auteurs, écrivains, scénaristes… de la planète et vider leurs bibliothèques puis les enfermer dans une cave sombre sans aucune fenêtre, pour éviter de voir le monde et de s’en inspirer.

En tant qu’artiste, nous sommes tous dans un cycle de perpétuel d’apprentissage. Pour les moins connus comme pour ceux qui ont déjà du succès, un auteur continuera toujours de chercher d’autres voies pour éviter de se retrouver au point mort, dans une routine créative qui finirait par le lasser et lasser ses fans. Alors, il utilise son outil de prédilection, l’inspiration qui mène à l’imagination. Il y a tant de choses sur notre terre qui peuvent servir de support à la création. Le cinéma, la nature, la religion, la peinture… Le talent d’un autre peut devenir le catalyseur de notre propre créativité. N’ayez pas honte de faire comme des générations d’artistes de tous genres, continuez de vous inspirer des autres pour enrichir votre art.

Certes il n’est pas si simple de créer à partir de rien et parfois, il est tentant de prendre le meilleur d’un autre pour l’exploiter. Si vous en êtes arrivé là, c’est que vous faites du plagiat et que vous êtes passé du côté obscur de la force. Oui, je vous le dis, vous êtes un copieur.

Toutes les histoires que nous pouvons lire, voir, entendre ont un point commun : elles ont toutes déjà été racontées à maintes reprises, mais sous des formes et angles différents. Ce qui fera la particularité de votre livre, c’est la manière dont vous allez traiter cette histoire, la manière dont vous allez exploiter un environnement, un personnage, un objet, une relation pour faire en sorte qu’un banal récit devienne original.

Imaginez un instant que vous souhaitiez écrire un livre sur la Seconde Guerre mondiale, parler d’un drame précis qui s’est déroulé et qui a marqué ce conflit. Sachez que dans n’importe quelle bibliothèque vous trouverez un livre (voir plusieurs) qui parle déjà de ce sujet, mais ce n’est pas le vôtre. Il ne relate pas les faits tels que vous les concevez. Eh bien, la différence se fera ici, dans la manière où vous vous risquerez à traduire cet événement avec vos mots, vos phrases, votre émotion. Pour ce livre, vous devrez tout de même vous documenter, comprendre les tenants et aboutissants du conflit et pourquoi ou comment ce drame à bien pu arriver. Là, vous vous inspirez.

La différence n’est pas simple à percevoir lorsque l’on est plongé dans sa création. La difficulté est de savoir où s’arrête l’inspiration et où commence la copie.

Admettons que je me mette à écrire un roman qui parlerait d’un jeune garçon qui vit paisiblement dans un petit village tranquille. Poussé par un vieux magicien, il se convainc d’accomplir un acte de bravoure inimaginable face à l’esprit du mal et ses armées. Ses amis et lui bravent d’innombrables dangers pour réussir la mission qui sauvera leur monde des ténèbres.

Si j’écris une histoire basée sur ce résumé, suis-je en train de plagier le seigneur des anneaux ? Le plagiat n’est pas le fait de reprendre une trame, car sinon le cinéma ne produirait aucun film. De nombreuses adaptations sont tournées chaque année sans même qu’il soit nécessaire de se poser la question du plagiat de superproductions.
Reprendre le seigneur des anneaux est-il possible, alors ? La réponse est claire : reprendre l’œuvre de Tolkien en partie ou dans sa globalité, sans avoir reçu l’autorisation des ayants droit, est un plagiat. S’inspirer de la trame de l’histoire et construire son propre récit d’aventures avec ses actions, ses protagonistes, ceci est de l’inspiration.

Car la magie, les Gobelins, les rois maudits, une bague ensorcelée, toutes ces choses ne sont pas la propriété intellectuelle de Tolkien. Ce sont des éléments qui viennent s’ajouter à son univers extraordinaire et qui sont libres d’être réutilisés. Faites des recherches sur la légende « L’Anneau des Nibelungen » dont pour certains Tolkien se serait fortement inspiré pour créer sa Terre du milieu.

L’originalité ne vient pas forcément par la nouveauté. Il ne faut pas confondre ces deux aspects. Un lecteur verra toujours, par ses références antérieures et ses connaissances, que votre univers ressemble à celui d’un autre. Il saura voir votre originalité, si elle existe, ou très vite déceler une mauvaise imitation.

Finalement, l’originalité d’un récit viendra forcément de ce que vous lui apporterez en tant qu’auteur. L’histoire, la trame, les aventures et les difficultés sont souvent les mêmes dans la littérature, le cinéma, les séries télé… Ce qui fait qu’un lecteur, un spectateur continuera de vous suivre, c’est votre approche d’un thème récurrent, l’émotion de vos propres mots qui le toucheront à coups sûr sans avoir besoin de copier les mots d’un autre.

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